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Sans université, sans hôpital, sans justice, sans salaire : Bienvenue au Sassouland

Congo B
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Sassou, Roi du Congo. Voilà un titre qu’il aimerait sans doute arborer. Mais il a détruit son pays. Au Congo, les enseignants, les médecins, les infirmiers, …, à l’exception des militaires, se clochardisent. En réalité le roi est nu.

Dès lors qu’une crise dure et montre une réelle coriacité en résistant indéfiniment aux différentes initiatives visant à la juguler, c’est qu’elle se moque des réponses tant structurelles que circonstancielles qu’on lui oppose. Une telle crise est structurelle. Elle est susceptible d’entrainer avec elle l’effondrement de l’Etat tout entier. N’est-ce pas le cas du Congo ?

Ses causes, souvent lointaines, sont favorisées par les valets locaux. De toute évidence, Sassou en est un de taille. Le sait-il ? Plus de trente-trois ans au compteur, que peut-il encore prétendre avant de proclamer sa monarchie et d’adouber son fils ? Sans doute raser le Pool, son talon d’Achille. Après tout, avant lui, J. B. Bokassa avait bien tenté l’aventure impériale en Centrafrique où Sassou joue les bons offices en payant parfois les salaires alors que son pays connait une banque route.

Sassou, Roi du Congo. Voilà un titre qu’il aimerait sans doute arborer. Mais il a détruit son pays. Au Congo, les enseignants, les médecins, les infirmiers, …, à l’exception des militaires, se clochardisent. En réalité le roi est nu.

Déjà vomi en 1992 et revenu par les armes en 1997, l’homme se noie. Il voit, il entend. Mais il demeure sourd au grondement du magma. Spécialiste des intrigues, l’homme n’a jamais été franc. Mais la cohérence n’est-elle pas une signature d’un pacte d’honnêteté avec soi-même ? Le Congo de Sassou fait peur.

Un pays sans Université. Un pays sans Hôpital ... Un pays sans eau. Un pays auto mutilé et génocidaire. Un pays des travailleurs sans solde. Un pays où le sort létal des citoyens est scellé d’avance. Un pays où l’Etat s’est gangstérisé. Un pays des ténèbres.

Au nom de quoi l’OMS qui a son siège à Brazzaville cautionne-t-elle, par son silence, la décision de la fermeture de l’unique Hôpital de ce pays ? Oui, ce silence revêt un caractère approbateur. Sinon, comment comprendre que cette institution onusienne, basée sur place, ne prenne aucune initiative de relai visant à soulager les populations en faisant fonctionner ce centre hospitalier elle-même ? Et pourquoi pas le prendre sous sa tutelle ? Comme toujours, on attend qu’une catastrophe surgisse pour verser les larmes de crocodile.

Il s’agit d’un vrai drame dont on ne mesurera l’ampleur que tardivement ou malheureusement à la faveur d’une catastrophe générale. Les salaires étant impayés depuis des lustres et l’hôpital fermé, les décès se multiplient sourdement à Brazzaville. Suspendu à la providence, le pays est désormais à la merci du moindre virus.

En ces temps pluvieux où même les curés qui, d’ordinaire représentent la lumière, officient honteusement leurs messes dans des églises inondées et où les cercueils sont portés à l’épaule dans des rues en cru où surnagent les immondices et où personne ne prend l’initiative de retrousser les manches, l’on a le devoir de sonner l’alerte afin de sortir de cette coupable torpeur et d’éviter une hécatombe, désormais prévisible.

Il est à parier que le jour où l’on voudra redémarrer les activités dans les locaux de cet hôpital, l’on découvrira des bâtiments vandalisés, sans fenêtre et autre, coûtant encore plus chers que des nouveaux locaux. Déjà, sur le marché brazzavillois, on trouve quelques interrupteurs venus vraisemblablement de cet hôpital. On se souviendra que les produits d’aides des ONG destinés aux sinistrés arrivent très rarement à eux. Mais ils sont commercialisés dans des circuits parallèles impliquant bien souvent les responsables du pays.

Ces derniers contrôles tous les secteurs de l’économie ; depuis la manne pétrolière jusqu’aux vendeurs à la sauvette des sachets d’eau dans les rues insalubres du pays. A bien des égards, le génocide dans le Pool est un business multifactoriel qui sert essentiellement les intérêts du pouvoir de Brazzaville. Lequel pouvoir de Brazzaville le présente, avec malice, comme un épiphénomène conjoncturel lié à une contestation électorale. Que nenni.

En réalité, la crise qui cisaille les congolais résulte d’abord de l’idée-même du pouvoir que s’est forgé Sassou depuis des années. Dépourvu de projet avéré pour son pays, cet octogénaire règne pour régner tel un colon en manque d’inspiration. Il exècre le Pool. Alors c’est avec ce vil sentiment qu’il égrène depuis des décennies son action politique dominée par des énigmes et crimes odieux passibles de la CPI. De toute évidence, il ne parviendra plus à dompter le Pool malgré sa puissance de feu et l’argent qu’il a amassé à la tête de l’Etat congolais.

Le Congo étant devenu le cœur des ténèbres où les citoyens sont des condamnés à morts, nombre d’entre eux, pourtant attachés à la terre de leurs ancêtres, prennent le chemin de l’exil espérant ainsi échapper à l’hérésie et la barbarie d’un pouvoir fou.

La méconnaissance des dirigeants congolais, de leur propre histoire et surtout leur cupidité les ont conduits à des postures semblables aux geôliers de leurs congénères. Comment relever les défis qui se présentent à eux, dès lors que le pouvoir dictatorial régnant et corrompu avec des relents esclavagistes crache le feu ?

Dans un réflexe de survie, des subsahariens empruntent subitement les mêmes chemins que nos aïeux. Les voilà jeter, malgré eux, sur la route de la honte conduisant aux marchés aux esclaves Lybie. Est-ce un hasard ?

Le silence de l’Union Africaine dont fait partie la Lybie, prouve, une fois de plus, la nature de cette institution qui s’apparente à un syndicat des dictateurs. Combien de nos enfants, de nos mamans, de nos frères, de nos amis, … périssent dans ce désert ? On se souvient de l’avion DC-1O de la compagnie UTA. Qu’un dauphin nous relate sa vie de poisson dans la Méditerranée, on en pleurerait des siècles durant, s’agissant des migrants.

Le calvaire de ces naufragés résulte de l’absurdité de certaines dispositions d’organisation du monde dans lequel l’on se meut. Mais à tout cela, il y a des responsables. Comme au Congo.

Emmuré dans sa désinvolture à l’égard de ses malheureuses populations, Sassou ne veut entendre les cris venus des tréfonds de son pays l’indexant, lui et son clan, comme le verrou principal de la question congolaise aux implications internationales.

A l’instar de Mugabé qui vient d’être enfin déposé au Zimbabwe et de la fille de Dos Santos en Angola qui vient d’être limogée, il est plus que temps que les Sassou, les Kabila, Les Bongo, les Biya, les Idris-Déby, les Kurunziza, les Museveni, … prennent le chemin de la poubelle de l’histoire.

Abraham Avellan WASSIAMA