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Grève et arrêt de la production sur tous les sites chez Total E & P Congo : la goutte d’eau qui fait déborder le vase ?

Congo B
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Au Sassouland, où tout se règle par la force brutale, depuis le changement de la constitution et le holdup électoral, les choses sont en train de prendre une tournure que le chef de gang n’avait pas prévu dans son dispositif de répression : l’arrêt de la production de pétrole brut sur tous les sites de Total E & P Congo, au large des côtes de Pointe-Noire. 

Tout est parti d’une revendication sociale des agents de Total E & P Congo qui réclamaient le limogeage du directeur général, lequel avait rogné sur les avantages sociaux des travailleurs, une réponse de la direction en ces temps de crise sur le marché mondial du brut.

Les agents de Total E & P Congo ont alors déclenché un mouvement social circonscrit à leurs propres locaux. Pas de trouble avéré à l’ordre public donc. Et pourtant le régime policier, désormais allergique à toute contestation, a cru bon envoyer  sur place sa milice armée, violentant la poignée de grévistes, au point que de nombreux blessés se sont retrouvés à l’hôpital.

En réaction à cette intervention musclée et pour le moins disproportionnée, les agents techniques en haute mer, par solidarité avec leurs collègues au sol,  ont décidé ce jour, 13 juillet 2017, d’arrêter complètement la production de brut sur tous les sites de Total E & P Congo, avec ce défi (à peine voilé) lancé au régime : « si votre milice est si forte, alors envoyez-la ici en haute mer et on verra ! ».

Le bras de fer entre les travailleurs de Total E & P Congo et le régime sanguinaire de Brazzaville s'engageait donc. Et il n'est pas dit que celui-ci tourne en faveur du clan d'Oyo car on ne voit pas ce dernier utiliser la force pour contraindre les agents techniques de redémarrer la production. Le terrain est en effet trop inflammable pour que le pouvoir jusqu’au-boutiste tente une action qui mettrait de l’huile sur le feu. En même temps, le Congo ne peut se payer le luxe de voir la production de brut complètement à l'arrêt chez l’un des plus grands opérateurs dans ce secteur vital pour l’économie du pays. Il faut donc trouver une solution, et le plus vite possible !

Mais, incongruité de la réaction du régime clanique, imaginez qui a-t-il envoyé au siège de Total E & P Congo pour aller éteindre le début d’incendie ! Ce n’est ni le ministre du Travail, ni celui des Hydrocarbures, mais un homme de main du clan mbochi dépourvu de tout talent de négociateur : le dénommé J. François Ndenguet, ci-devant directeur général de la police nationale, un individu poursuivi pour crimes contre l’humanité dans l’affaire des disparus du Beach, et qui en l'occurrence s’est érigé en bouée de sauvetage d'un pouvoir aujourd'hui aux abois.  Certes, Ndenguet dispose de deux armes : la répression, l’intimidation et surtout la corruption des chefs syndicalistes. Toutefois, le résultat n’est pas garanti puisqu'il conviendra d'agir vite et bien, un arrêt prolongé de la production pétrolière menaçant de faire vaciller le Sassouland. Et cela pour deux raisons : le pays connaît une crise financière sévère, mais surtout la France, qui observe cette situation avec beaucoup d’attention risque de considérer que Sassou, son chef de comptoir colonial attiré, le " pion de la Françafrique ", ne garantirait plus ses intérêts et deviendrait donc sans utilité. Pire même, une sorte de boulet.

Pour mémoire, rappelons que c’est l’entrée en grève des syndicalistes du secteur pétrolier au début des années 90 qui avait poussé la France à ne plus soutenir son préfet-président, avec pour conséquence l’avalanche d’événements politiques  qui conduisirent à la convocation de la conférence nationale souveraine, et à l’adoption du multipartisme. 

C'est dire que les heures qui vont suivre seront donc cruciales. Alors, Wait and see ! 

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