18
Lun, Déc
2 Nouveaux articles

Benoit Moundele-Ngollo et la République populaire de Lokuta

politique
Typography
  • Smaller Small Medium Big Bigger
  • Default Helvetica Segoe Georgia Times

La dernière fois que nous évoquions le travail de Benoit Moundele Ngollo sur ce site, c’était à l’occasion de la lecture de son livre « Blague à part, toute vérité est bonne à dire ».

Aujourd’hui, Benoit Moundele-Ngollo nous revient avec « Les vautours ou charognards de la République populaire de Lokuta capitale Mbongwana ».

Titre aussi provocateur qu’aguicheur pour le nouvel opuscule commis par ce général à la retraite, ancien ministre et ancien Préfet de Brazzaville mais qui tient, dans son genre, toutes ses promesses.

Rappelons que l’homme n’est pas un novice dans l’écriture. Il « sévit » déjà depuis plus de trente ans !

Cette fois-ci, il s’engage dans l’invention de « néologismes » pour décrire le comportement des  dirigeants et des citoyens de ce pays imaginaire qu’est la République populaire de Lokuta (traduisez mensonge), capitale Mbongwana (traduisez changement, rupture), qu’il assimile à celui des vautours ou charognards. Tout un programme.

Un bémol toutefois. L’auteur a toujours averti, dans ses différentes interventions dans la presse,  que les comportements dont il s’agit sont « universels ». Moundele-Ngollo n’est pas le chanteur Franco et encore moins Zola. Pas question donc de voir au travers de son tableau un pays ou des dirigeants politiques en particulier. Bref, selon la formule consacrée, toute ressemblance avec le comportement des dirigeants ou des citoyens d’un pays connu ne serait que fortuite.

Ce préalable levé, la plongée dans ce petit livre de 95 pages réserve bien des surprises.

De prime abord, l’auteur commence par livrer quelques « pensées du jour », comme celle où il observe que « la seule arme efficace d’un peuple sans arme demeure la solidarité indéfectible qu’il faut entretenir et cultiver fermement ». Puis il lance cet avertissement, à l'attention du peuple : « si nous voulons le miel, il faut affronter les abeilles ». Cela posé, il passe en revue les comportements décriés au travers de néologismes de son cru.

Ainsi les dirigeants et les citoyens de la République populaire de Lokuta se constitueraient en familiocratie, en mangeocratie ou ventrocratie, griocratie, sexocratie, bonobocratie (étape supérieure de la sexocratie), médiocratie, hainocratie…

A titre d’exemple, les adeptes de la mangeocratie, une  « philosophie de la jouissance », «  lèza, lègnouà, lèboua la yourou, nguissa kâ » « font tout ce qui est illégal, pour se maintenir au pouvoir, le plus longtemps possible et pour ne pas dire à vie, en utilisant la ruse, la manipulation des consciences, le chantage, l’installation d’un climat de peur dans la société… le contrôle des instances juridiques, l’armée la police, la gendarmerie et pour certains en créant des forces de sécurité parallèles ou doubles ».

Autour des mangeocrates prennent place des « griocrates » qui  chantent leurs louanges, « comme font les griots pour manger les miettes qui tombent de la table des chefs et des rois ». Pour parvenir à leurs fins, ces derniers « cassent leurs cordes vocales en vociférant des inepties ».

Autres habitants de la République populaire de Lokuta, les sexocrates. Ceux-ci sont reconnaissables par leur « désir effréné… d’assouvir leur appétit sexuel et leur libido excessive avec n’importe quel être humain qu’ils convoitent, ou sur lequel ils ont jeté leur dévolu, sans tenir compte du statut marital de la gent féminine retenue convoitée, faisant fi des scandales que cela provoque dans la cité ou dans les couples mariés… N’oubliez pas qu’ils disent ceci avec conviction : « le ciel ne tombera pas. »

Les sexocrates narguent tout le monde, rappelle l’auteur, lequel s’attache par ailleurs à décrire les dégâts causés sur les foyers fragiles par cette « idéologie bestiale… pratiquée à grande échelle ».

Dans ces foyers, deux attitudes dominent : ceux des maris dignes, qui choisiraient de divorcer, à moins que l’épouse dise à son époux «  de se souvenir qu’il doit le poste qu’il occupe ou les fonctions qu’il exerce, sinon les galons qu’il porte sur les épaules grâce à ses charmes et à tout ce que femme possède au croisement de ses cuisses, ce dont elle use pour en tirer profit. »

Autre attitude adoptée par certains maris cocus : la fermer « hermétiquement ».

Cependant, nous apprend Moundele-Ngollo, en observateur averti ou en romancier à l’imagination fertile, les « sexocrates pur-sang » ne règnent pas en maîtres sur le territoire de la planète de la RPL (République populaire de Lokuta). Ils sont dominés par une espèce encore plus étrange et plus vorace qui s’adonne, elle, à la « bonobocratie », « étape supérieure de la sexocratie ». Ici on ramène « les organes de l’appareil génital au niveau du cerveau de sorte que, on ne pense que sexe en longueur (sic) de journée ».  A ce niveau, plus « aucune limite » n’est fixée puisque les bonobocrates « ne lésinent pas pour passer dans leur lit leurs propres filles, les épouses de leurs fils, les mères et tantes de leurs épouses… »

Ces sujets en érection permanente (2) ne seraient même « pas de chauds lapins car ce serait leur faire injure que de les appeler ainsi, puisqu’ils sont des bonocrates tout court ». Diantre !

Dans ce livre, la suite est à l’avenant, une façon de dire que l’opuscule de Benoit Moundélé Ngollo mérite d’être lu.

(1)

  • Auteur : Moundele Ngollo, Benoit
  • Editeur : Les impliqués, 21 Bis, rue des Ecoles 75005 Paris Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
  • Date de parution : 2017

(2) Les " bonobocrates " sont improprement nommés selon nous car dans la nature, l’inceste n’existe pas chez les bonobos, un constat qui permet de prendre la mesure de la chose…

BLOG COMMENTS POWERED BY DISQUS